Rubis

Qu’y avait-il d’autre à faire
Justement, que d’attendre
Plutôt que se morfondre,
Impuissants et exsangues

Le temps va à son rythme
Mais son œuvre éternelle
Guérit les plaies risibles
Dont nous aimons souffrir

Le temps, tissant sa toile
Éphémère s’il en est
N’est craint que de celui
Qui rumine ses regrets

Lucide

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Le lit des nuages,
Le coton aussi
Les montagnes, le froid,
Glaçons sur les lèvres

Le pull qui démange
Les paupières alourdies
Nos pas qui s’enfoncent,
Le reste qui s’enfuit
On marche

Les oranges sans pépins,
La pluie sur les joues
Le feu, la liqueur
Réchauffent le cœur

Les notes résonnent
Au bruit de nos pas

Défait(e)

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Reste d’amertume sur le bitume du souvenir,
Silhouette sombre qui sombre dans un noir illusoire
Je suis hier, lit de l’avenir violé sans violence,
Sur la route du temps au pas de l’impatience
Je suis hier, balbutiement hautain de déluge en déboire.

Je suis hier, aversion pour l’averse et versatile verset.
De nuit, vision vide d’une valse trop vite avortée.
Rengaine des rondeurs, peur panique de tomber,
Je suis hier, les pieds libres dans la boue,
Et seule ma morne morgue me nourrit de dégoût.

Je suis hier,
Chaleur chancelante, chère à mon cœur,
Criant de la geôle qui cèle les erreurs,
Je suis seul, les yeux ivres, au vent
Debout sur le rythme des souvenirs.

Je suis le rouge de mon canapé
Et le frisson blanc de l’hiver.
Certitude contredite, happé
Par l’ennui, qui mord et qui perd.

Je suis demain, dément,
Crépitant comme le feu sur un bois encore vert
Je suis espoir et peur, éperdu et solaire,
Je suis demain, reflet fier d’un visage, non du mien

Et demain, je naîtrai.

 

Grammaire

Commencer une phrase par le mot « écrire » me semblait d’un manque d’originalité tout-à-fait sidérant. Ceci dit, la commencer par « commencer » n’est pas mieux. Mais là n’est pas le sujet. Non. En effet, il est juste derrière cette commode. Bonjour, Sujet. Comment vas-tu aujourd’hui ? Bon, c’est bien, c’est bien. Passe le bonjour au verbe de ma part. Et à ses compléments aussi.

Ah, ce sujet. Toujours le mot pour rire. Avant, on le voyait beaucoup plus souvent avec le verbe, mais on ne sait pas pourquoi, il s’est mis à fréquenter des phrases nominales. Alors, oui, il y a tous ses petits copains, mais dieu qu’ils sont chiants. L’adjectif possessif, c’est celui que je supporte le moins. Beaucoup trop collant à mon goût. De toute façon, je n’ai jamais pu saquer la petite clique des Déterminants. Rien que le nom qu’ils se donne. Déterminants. C’est d’un prétentieux. L’adjectif qualificatif, je l’aime déjà mieux. Ça, c’est un beau parleur. En même temps, c’est son talon d’Achille. Quand il commence à causer, on ne l’arrête plus. L’autre jour, je lui ai demandé comment il trouvait son yaourt, il m’a baratiné pendant deux heures. Je ne sais toujours pas s’il était bon, ce foutu yaourt.

Ah ben, justement, le voilà. Non, mais non, je passais, juste. Non, non. Le sujet ? Il est parti par là-bas, là. Il m’a dit qu’il allait rendre visite au verbe. Oui, tu m’étonnes. De yaourt ? Ah non, je n’en ai plus. Bon, moi j’y… Non, ça ira. Sérieusement, je rêvais d’écouter tout ce que tu pouvais me dire à propos de cette chaise, mais je n’ai vraiment pas le temps.

Quelle plaie, cet adjectif. On peut vraiment dire que son gosse a de qui tenir. Oui, son gosse. L’adverbe. Un conseil d’ami : ne restez jamais enfermé dans une pièce avec ces deux-là plus de trois minutes. Si je vous dis qu’ils ont le verbe haut, c’est pas des conneries. D’ailleurs, en parlant de verbe, hein.

Eh ben mon vieux ? Mon verbe, pardon. Ça a pas l’air d’aller. Encore une crise de futur antérieur, hein ? Non, je sais, je sais. Je compatis.

Celui-là, en affaires, c’est un dire. Je vous avouerai quand même qu’entre extorquer, pigeonner, embobiner, on a une vaste palette pour décrire ses activités professionnelles. Regardez-moi ça. Il est toujours flanqué de ses complices. Les compléments, oui. Alors, COD et COI, j’arrive encore à les distinguer (le deuxième s’habille toujours avec une préposition, voyez-vous). Mais récemment, il a engagé des circonstanciels, là, je ne comprends plus rien. Cause, Moyen, But et Manière, je les confonds à chaque fois. Alors, je ne les appelle plus que par un « Eh, toi » ou un « Dis, donc », mais personne n’est dupe.

De toute façon, j’ai eu beaucoup de mal à me faire des amis avec mon peu de mémoire. Mais je suis dans l’équipe Ponctuation, je travaille au coude-à-coude avec eux, on s’entraide.

Qui je suis ? Oh, excusez-moi, je ne me suis toujours pas présenté. Je suis…

Le point final.

Les mots

Ses mots hurlent,
Poison virulent.
Je me tais.
Ils tournoient devant mes yeux,
M’assaillent, se précipitent,
J’écris.
S’infiltrent en moi, bourdonnent,
Me font ramper, mordent.
Je bois.
Et ils dansent, rient de moi,
Accélèrent la cadence.
Je tombe.
Silence terrifique,
Terreur sidérale.
Je meurs.

Adage

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Confiance, maître mot
Croire et croître,
Attendre.
Lorsque la limite est ténue
Patienter encore.

Tout vient à point
À qui sait poireauter.

Le pavé

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Et dans un tumulte assourdissant, les jeux prirent fin. La vérité éclata au grand jour. Les faux semblants et les postures résistent peu aux assauts du temps, les voiles se déchirent. Les évidences reprennent rapidement le dessus, dans une difficulté qui semble parfois relever de l’insurmontable. Mais rien ne l’est.
Le rouge laisse la place au vert, et dans des volutes de fumée sans fin, éclate la vérité.
Un mal pour un bien.

Le pavé s’écroule. Les mots prennent tout leur sens.

Sans rien tenter d’absurde,
Sans s’illusionner d’un quelconque revirement,
Sans tenter de traverser à la nage le submersible étang,
On vit.
Nul moyen de comprendre, de tendre à la vérité,
Mais l’on cherche

Magicien

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Magicien. À vrai dire, j’aimerais bien. Faut dire, avoir une baguette magique et faire ce qu’on veut, ça fait rêver. J’aimerais changer des choses dans ma vie, à simplement agiter le bras en récitant trois mois en latin. Ce serait assez satisfaisant.

Je changerais la fragilité de ma mère, la mort de mon chat pourquoi pas, mes déceptions et mes problèmes.

Ça serait pas mal, honnêtement.

Les luminaires sur le visage. Des étoiles, une Voie Lactée dans le blanc de ses yeux. Des constellations près de ses tempes, un trou noir qui attire même les lèvres. Lire la suite « Magicien »

Sans raison apparente

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Banlieue. Elle avance d’un pas confiant. Vers où ? La question est plus belle sans réponse. Pourquoi ? Pour rien. Juste un élan, qui traverse avec assurance ses jambes élancées. Elle court, elle court, et ne s’arrête pas.

Beaucoup ont tenté de lui faire renoncer à ses rêves de gosse. Démesurés, pas sérieux. C’est pas la vraie vie. La vraie vie, elle l’emmerde. Et elle danse. La musique est belle. Le rythme s’emballe, les silences embellissent. Tout l’Univers se retourne à son sourire, et se moque du cours des choses. Le temps lui-même y passe son temps. La regarder est un plaisir. S’en approcher un privilège.

Papillon de nuit. Gracile et volage. Elle lui ressemble, au fond. Elle s’envole, elle court, elle marche, et rien ne compte jamais.

Elle a été déçue, pourtant. Elle a pleuré. Beaucoup. Le monde s’est arrêté de tourner. La chance lui a foutu le cafard et un poing dans la gueule. Mais elle s’est relevée, et elle a recommencé à siffloter, comme si de rien n’était. Avec le sourire.

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