Trottoir parisien

Les émotions se bousculent au portillon. Est-il permis à quiconque de toucher le beau dans la vie ? Pourquoi poser des questions à l’infini ? Le plus beau n’est-il pas de laisser une part de mystère dans cet univers de merde ?

Je me balade dans la vie.

Arbre. En réalité je ne connais pas l’orthographe de séquoia. Là est la vraie raison de la présence de cet arbre. Peut-être que finalement, quand on y pense bien, c’est pareil pour nous. Je veux dire, Dieu, il ne savait pas exactement la recette d’un être parfait, alors il a créé l’Homme, à peu près à son image, mais bon, entre les représentations et la réalité, on voit bien la différence, laissez-moi vous le dire.

La musique est tout un monde. Un beau monde, vaste et inexploré. Inexploré parce qu’on ne peut pas l’explorer en entier. Parce que ce monde est à créer, pauvre fou. Il est encore en chantier, et le sera probablement toujours. Même quand ce foutu monde va péter, il restera de la musique. Où ? Je ne sais pas. Mais la beauté, ça ne disparaît pas comme ça. Il reste encore des traces de Mozart, un peu partout. L’autre jour, en mangeant des céréales, j’ai retrouvé un peu le goût de ce moment passé sur un trottoir parisien.

Il y a deux hommes : l’un d’entre eux joue de la guitare. L’autre danse. Ah, le premier se met à chanter. Ils ont un mini ampli. Les gens se pressent autour d’eux. La foule de touristes prêts à acheter la barba-papa à trois euros cinquante à l’escroc d’à côté. Ils sont là, ils écoutent, ils aiment bien, ils applaudissent même très fort à la fin. Combien d’entre eux vont donner, même un peu, quand je ferai passer le chapeau ? Sûrement pas celui-là. Un père de famille, plutôt pressé, venu là uniquement parce que ses enfants l’ont supplié à genoux. J’ai un sourire en coin. Ces enfants ont-ils seulement déjà vu quelqu’un gratter une guitare ? Moi, ça me fascinait quand j’étais jeune. En tout cas, leur père semble pressé, jette des petits regards partout autour de lui, un peu comme une proie cherchant désespérément à s’échapper d’un guet-apens. Un guet-apens de lions, qu’est-ce que j’en sais ? À côté, il y a une femme. Une femme plutôt riche, j’ai l’impression. Elle est maniérée, elle porte son sac à main avec crispation. Mais que viendrait faire une riche devant deux connards qui survivent en montrant leur cul toute la journée, qui chantent et dansent pour tenter de subsister ? Elle a pitié. Je le vois. Elle pense à moi comme elle penserait à un jeune enfant mourant de faim. Elle me regarde avec des petits airs gentils, elle me lance même des petits sourire forcés. Elle donnera plus de dix euros dans le chapeau. Je me sens presque insulté. J’ai ma dignité, tout de même. Je ne fais pas l’aumône. Je loue un peu de mon talent aux nuées parisiennes. Sans moi, Paris serait un peu moins Paris, et le Trocadéro perdrait un peu de son charme.

À droite, Musée de l’Homme, à gauche, musée de la Marine. Enfin, je crois.

Pourquoi écrire ? Pour se vider.

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